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Afin de perturber la distinction entre rationnel et irrationnel,
les films fantastiques déclinent des thèmes qui leur sont
propres, tels les êtres hybrides, les monstres, les morts-vivants
et les fantômes, ou bien encore certains états intermédiaires
de la conscience comme la folie et le rêve. Ennemi de tout ce qui
tend à définir, analyser ou même comprendre un événement ou
une situation donné, le fantastique joue avant tout sur ce que
Sigmund Freud nommait "unheimlich" l’inquiétant, l’étrange ;
et les œuvres illustrant ce genre cherchent à faire naître,
dans l’espace intime et quotidien du spectateur, une inquiétude
d’autant plus troublante qu’elle reste quelques fois diffuse.
C’est en Allemagne qu’apparaît pour la première fois
un film véritablement fantastique, intitulé L’étudiant
de Prague, et mis en scène par Stellan Rye en 1913.
Mais ce n’est qu’après la guerre, dans l’atmosphère sombre
et désespérée de la défaite, que les cinémas allemands seront
alimentés par des films qui imposeront définitivement le
fantastique au grand écran. Les réalisateurs de ce nouveau
genre, comme Robert Wiene, qui présente Le Cabinet du
Docteur Caligari en 1920, ou Friedrich-Wilhelm Murnau, qui tourne Nosferatu
le Vampire en 1922, sont fortement influencés par
l’éclosion de l’expressionnisme, dont la vigueur expressive
utilise les ressources du décor, de l’espace et de la lumière.
A strictement parler, seuls ces films allemands, nourris
par l’expressionnisme d’après guerre, sont considérés comme
des œuvres de fantastique pur, car, dès la fin des années 1920,
le genre évolue dans de multiples directions et principalement
vers le film d’épouvante ou d’horreur. Tout au long du XXème
siècle, le fantastique viendra enrichir la filmographie de grands
cinéastes tels que Roman Polanski, réalisant Rosemary's Baby
en 1968, David Lynch, tournant Blue Velvet en 1986,
ou Francis Ford Coppola, présentant Dracula en 1991. Mais
c’est à Hollywood, au lendemain de la révolution du cinéma
sonore, que le fantastique en tant que genre, clairement défini,
connaîtra son âge d’or.
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