|
Parmi les œuvres qualifiées de films d'aventure, le road movie
tient une place particulière du fait qu'il conserve les thèmes du
voyage, de la fuite ou de la découverte, mais abandonne le
suspens et la dimension sensationnelle du décor au profit de
l'introspection. Privilégiant une quête personnelle plus que la
recherche d'un trésor, le road movie a pour cadre principal une
route, sur laquelle des personnages font des rencontres inattendues
qui, sans le temps pris à voyager, n'auraient sans doute jamais
eu lieu. L'errance, fréquemment péjorative parce que synonyme
d'indécision et d'inactivité, devient ici une valeur, offrant un
moment privilégié pour une remise en question des certitudes.
Apparu au cours de la période de contestation sociale qui
bouleverse les États-Unis durant les années 1960, le road movie
est essentiellement représenté par la jeune génération,
celle-là même qui dénonce les désastres de la guerre au Viêt-Nam, prend véritablement conscience des discriminations dont
est victime la communauté noire, assiste en masse aux gigantesques
concerts de Woodstock, et a pour écrivain de référence
Jack Kérouac. Né de la contre culture, le road movie traduit le mal de
vivre d'individus en rupture avec une société dont ils n'acceptent
plus le joug perpétuel, qui finit pourtant par les rattraper inexorablement, les obligeant à conclure amèrement à une
impossibilité de la liberté.
Dès 1966, Michelangelo Antonioni réalise Blow Up, et compose un
voyage initiatique sur des routes infinies, entre motels et
déserts. Trois ans plus tard, en 1969, Dennis Hopper présente
Easy Rider, portrait cinglant d'une Amérique agitée au travers
de deux motards qui en parcourent les routes. Mais l'un des grands
spécialistes du road movie reste l'allemand Wim Wenders qui tourne
notamment Au Fil du Temps, en 1976, avant de signer, en 1984,
l'incontournable Paris Texas, mettant en scène la quête
symbolique d'un dénommé Harry Stanton.
|